Je n’ai jamais fait du yoga pour le côté spectaculaire de ses postures, ni pour l’apparence “instagramable” ou sexy de ses enchaînements. Encore moins pour l’ésotérisme ou l’environnement pseudo-sacré qui entoure certains studios, et qui singent parfois avec confusion certains précepts et enseignements du yoga qui peuvent revêtir un caractère spirituel.
J’ai découvert le yoga à 15 ans au lycée, à une époque où ce n’était pas encore réellement à la mode. Au contraire, mes amis et camarades se moquaient plutôt de moi et de ce qu’ils considéraient comme un “sport de vieux”. Mes grands-parents étaient d’ailleurs les seules personnes de mon entourage à le pratiquer depuis de nombreuses années. J’ai donc commencé le yoga par curiosité, un peu par hasard, avant que ça ne se transforme rapidement en une pratique régulière et en un espace de paix. Un espace que je n’avais jamais expérimenté hors de l’eau ou des sentiers de montagne. Un espace complémentaire et différent à tout ce que je connaissais jusque là. J’y ai rapidement pris goût. J’ai appris à y apprécier la lenteur, le calme au milieu du tumulte quotidien qui accompagnait une vie de lycéenne bien remplie : les cours, le surf, le sauvetage côtier, les compétitions, les leçons de conduite, la préparation des concours Sciences Po, la formation BAFA, … Mon rapport au surf à l’époque était davantage rattaché à la performance qu’aujourd’hui, comme une grande partie de mon parcours. Je le pratiquais au moins 3 fois par semaine en club et régulièrement en compétition le weekend. Le yoga était ainsi l’occasion de m’octroyer un moment de recentrage au milieu de ces 10 000 projets différents, ce qui est toujours un peu le cas aujourd’hui (à croire que l’éparpillement fait partie de mon mode de fonctionnement). C’était ainsi la seule activité désintéressée de ma semaine, ce qui ne veut pas dire que je n’en tirais pas de nombreux bénéfices pour autant, au contraire.
En tant que surfeuse, journaliste, jeune adulte, je vous propose cette petite série d’articles pour développer quelques-uns de ces bénéfices. Ces derniers sont innombrables. C’est pourquoi j’ai décidé de prendre comme fil conducteur ceux qui étaient complémentaires à ma pratique du surf.
Je suis meilleure surfeuse que yogi, dont je me considère encore novice. Comme toute nouvelle discipline, je ressens l’ensemble des bienfaits au fur et à mesure de mes progrès et de mes découvertes. J’apprécie particulièrement le yin, pour sa lenteur, mais aussi le vinyasa et les autres pratiques qui apprennent la précision du geste, la maîtrise et le contrôle. Des qualités essentielles en longboard, la discipline que je pratique en compétition. Après des années passées à multiplier les heures à l’eau et à acquérir des progrès parfois (souvent) en force, je reconsidère aujourd’hui mon rapport à ma passion. Je le questionne. Je crois que désormais ce n’est plus dans la quantité d’entraînements, la répétition effrénée et la boulimie de vagues que je continuerai de progresser mais au contraire dans l’économie du mouvement, la sobriété et la justesse du geste que je m’améliorerai. Faire moins mais mieux. Et je sais que dans cette quête, le yoga m’aidera.
Ces articles sont un témoignage personnel, un récit de mon expérience en tant que surfeuse. Voici quelques sujets que vous pourrez retrouver au cours de cette année :
Essentiel en surf (comme dans la vie) que cela soit quand il s’agit de le retenir, lorsque l’on passe du temps sous une vague en apnée, ou pour le placer correctement, en synchronisant ses mouvements. Il peut aider à calmer ses peurs ou son stress, notamment en compétition.
Autant de qualités nécessaires au surfeur pour rester debout, solidement ancré sur ses appuis. Le longboard (ma discipline de prédilection) pourrait s’apparenter à du funambulisme ayant pour fils une planche en mouvement.
Le surf demande de nombreuses torsions, et notamment la dissociation du haut et du bas du corps pour effectuer des rotations et des virages. Ce sport sollicite de nombreux muscles que la combinaison a tendance à comprimer l’hiver. Les surfeurs sont connus et moqués pour leur rigidité que gagnerions à travailler pour augmenter la longévité de notre pratique.
L’océan impose de s’ancrer pleinement dans l’instant. La moindre pensée parasite pourrait engendrer la chute ou pourrait court-circuiter une prise de décision hâtée par la vague. Le yoga est une très bonne école pour travailler l’alignement et la présence à l’instant. Dans le même temps, tout comme le surf, il crée paradoxalement des espaces intemporels, de flottement et d’expression, où le corps prend instinctivement le relais sur la pensée.
Crédits photo : Eric Chauché